Le pouvoir dans tous ses états
Laurent Auzoult
Cet ouvrage de la collection Petites expériences de psychologie présente 100 expériences en laboratoire ou sur le terrain qui cernent le pouvoir : son fondement, ses conséquences individuelles et sociales. Le pouvoir donne-t-il la grosse tête (Dunod, 2011) de Laurent Auzoult s’adresse autant aux étudiants en sciences humaines ou suivant des formations de gestion des organisations, comme à toute personne désireuse de mieux comprendre le théâtre du quotidien afin de gagner en lucidité.
- Note-t-on une évolution dans les comportements vis-à-vis du pouvoir ?
Sur la question de la base sur laquelle se construit la légitimité, Max Weber envisage à l’échelle de l’histoire une évolution mettant en jeu deux formes « passées » de pouvoir. La première, qu’il qualifie d’autorité traditionnelle et que l’on retrouve dans Servitude volontaire de La Boétie, repose sur le respect des normes, y compris religieuses, et fonde un principe de routine c'est-à-dire une obéissance envers ce qui a, réellement ou d'une manière supposée ou prétendue, toujours existé. La deuxième forme, nommée autorité charismatique, repose sur la croyance en la qualité extraordinaire de la personne détentrice de l'autorité. Ces deux formes anticiperaient, à l’échelle historique, ce qui apparaît comme une forme « moderne » d’exercice du pouvoir, à savoir l’autorité légale, évoquée par Rousseau dans Le contrat social, qui repose alors sur des normes rationnellement établies (lois, décrets, règlements). Dans les faits, on peut penser à l’échelle interculturelle que ces trois formes de pouvoir coexistent encore aujourd’hui. Dans le même temps, la diffusion des modèles démocratiques et l’importance croissante de la communication, conduisent depuis quelques années à l’amplification d’une quatrième forme de pouvoir qui s’appuierait simplement sur des modes de pensée construits à partir de discours légitimes qui se propagent d’autant plus facilement qu’ils se diffusent « librement ».
Bien évidemment, au fur et à mesure que le pouvoir évolue dans sa forme, les modes d’ajustements entre ceux qui exercent et ceux qui subissent le pouvoir se modifient.
- Le pouvoir dans l’entreprise, à la tête d’un État ou dans le couple réfère-t-il à la même chose ?
Bien sûr il existe de nombreuses façons de penser le pouvoir. On peut le concevoir comme une capacité, une causalité, une intention, un contrôle des ressources ou des conduites et chacune de ces métaphores s’exprime différemment, selon que l’on fait référence à la société dans son ensemble, à une organisation ou à une entité élémentaire comme la famille. C’est d’ailleurs une des raisons qui explique la difficulté à travailler cette notion. Pourtant, il me semble que dans chacune de ces manifestations, le pouvoir ou la disposition à l’exercer font référence à des discours ou des conduites qui déterminent ou limitent la liberté d’autrui, qu’il s’agisse du citoyen, du salarié, du conjoint, voire des enfants.
- Les femmes et les hommes ont-ils la même conception du pouvoir ?
Il existe quelques différences dans la façon d’exprimer le pouvoir entre les hommes et les femmes. Certaines études tendent à mettre en évidence que les femmes sont plus attirées par les structures égalitaires que les hommes. D’autres études révèlent que les hommes interprètent davantage que les femmes, les paroles et les gestes comme étant des conduites de pouvoir. Dans le même temps, de très nombreuses études mettent en relation la « masculinité » et le pouvoir sous des aspects divers. Pourtant, rien ne permet de conclure que les hommes et les femmes seraient « porteurs » de conceptions distinctes du pouvoir.
D’ailleurs, il faut se montrer prudent face à ce type de différences. D’une part, la vision des rapports « hommes-femmes » que véhiculent les études que je décris dans l’ouvrage est très ancrée dans le contexte occidental. D’autres travaux « critiques » mettent à jour de fortes nuances vis-à-vis des constats que l’on peut établir sur cette question. D’autre part, il est vite tentant en présence de dissemblances entre hommes et femmes de chercher à expliquer les phénomènes en référence à une supposée nature masculine versus féminine. Or, on voit mal pourquoi le fait d’être un « homme » ou une « femme » serait à même d’expliquer les différences que l’on peut éventuellement observer au niveau des conduites individuelles de pouvoir. À moins d’imaginer qu’il existe un pouvoir d’essence masculine et un pouvoir d’essence féminine, ce qui à ma connaissance n’a jamais été constaté !
- Quelle approche du pouvoir proposez-vous dans votre ouvrage ?
Partant de l’intention d’écrire un ouvrage grand public, vulgarisé, je n’ai pas cherché à privilégier une conception particulière du pouvoir. Les études auxquelles je fais référence font tout aussi bien appel à l’intention d’exercer un pouvoir, à l’attrait du pouvoir, qu’à un contrôle effectif des conduites d’autrui ou des ressources disponibles.
Le pouvoir donne-t-il la grosse tête ?
2011 - 192 pages - 140x220 mm
EAN13 : 9782100566617 Prix TTC France 18,50 €


