Clinique de l’image du corps
Eric W. Pireyre
Éric Pireyre dans Clinique de l’image du corps (Dunod, 2011), revient aux sources de « l’image du corps » et aux différentes approches qui l’ont cernée. Il relie ces bases théoriques et philosophiques à la pratique du psychomotricien pour aborder les souffrances psychiques et corporopsychiques et clarifier les problématiques complexes auxquelles ces praticiens se confrontent avec leurs patients de tous âges. Humaniste et clinique à la fois, son ouvrage est un outil essentiel pour les psychomotriciens désireux de réfléchir à leur pratique comme pour les étudiants qui doivent comprendre et intégrer les complexités de cette discipline.
- La notion d’image du corps est assez récente, quels auteurs lui ont apporté des contributions fondamentales ?
C’est le psychanalyste Paul Schilder qui, pour la première fois en 1935, aux États-Unis a publié un ouvrage sur l’image du corps. Il s’appuyait sur les apports des neurologues, tels que Head, sur l’équipement neurologique qui permet au système nerveux central de recevoir les informations provenant des systèmes sensoriels. Ce fut alors le « schéma corporel ». Schilder a prolongé ce concept en envisageant que le psychisme puisse jouer un rôle au-delà de la simple transmission d’informations intéro- proprio- et extéroceptives. Mais sa conception de l’image du corps était relativement floue (schéma et image étaient trop indifférenciés). J.-M. Lacan a contribué par la suite à préciser le concept d’image du corps, mais c’est Françoise Dolto, en 1985, qui a séparé le schéma de l’image. Pour elle, le schéma corporel correspondait à l’équipement physiologique, tandis que l’image, inconsciente, renvoyait au psychisme. Depuis, les psychanalystes ont peu poursuivi la conceptualisation. D. Anzieu, en introduisant la notion de Moi-peau, a pourtant ouvert la voie à une révision du concept élaboré par F. Dolto. Mais il n’en a pas tiré de conséquences théoriques. Les psychomotriciens, confrontés à des pathologies parfois massives de l’image du corps, sont désormais également bien placés pour approfondir une théorisation nécessaire pour répondre aux interrogations de la clinique.
- Qu’est-ce qui fonde la pratique du psychomotricien ?
Deux concepts sont reconnus comme centraux par les psychomotriciens : le dialogue tonico-émotionnel (DTE) et la prise de conscience du corps (PCC).
Le DTE s’appuie sur le caractère irrépressible de la contamination tonique et émotionnelle entre les sujets humains. Le psychomotricien est formé à recevoir et penser ces manifestations. En retour, il peut comprendre certains aspects du vécu de son patient dans l’ici et le maintenant de la séance de psychomotricité. Le DTE est un outil thérapeutique très important. Particulièrement lorsque le patient ne dispose pas du langage parlé ou qu’il montre de grandes difficultés de mentalisation.
La PCCest un phénomène simple : il s’agit pour le patient, accompagné du psychomotricien, de porter son attention sur tout ou partie de son corps. Au quotidien, nous ne faisons que rarement spontanément cette démarche. Car, heureusement, lors des deux premières années de la vie, nous avons appris à connaître et maîtriser notre organisme pour en faire notre corps. Ainsi, nous pouvons nous concentrer sur d’autres tâches, plus complexes. Lors de la PCC, une forme de « reconnexion » (ce pourrait être une forme de « conscientisation » ou d’orientation corporelle de l’attention) se produit entre le corps et le psychisme. Le patient « ressent la présence » de son corps. Ce phénomène ne laisse jamais indifférent, car l’implication du « système psychoaffectif » n’est jamais bien loin. Des émotions peuvent survenir, des paroles peuvent advenir. Le psychomotricien accueille avec empathie ces évènements. Le choix d’une médiation adaptée au patient, pour parvenir à la PCC, est du ressort du psychomotricien.
- Comment la psychomotricité s’articule-t-elle avec les autres métiers du soin psychique et physique ?
Les psychomotriciens sont des professionnels de la santé, diplômés d’État. Ils agissent sur prescription médicale et s’insèrent au sein d’équipes pluridisciplinaires. Leurs champs de pratique sont très vastes et couvrent à la fois tous les âges de la vie et des pathologies allant de l’organicité (les fonctions atteintes à la suite par exemple à une lésion ou une maladie) à la psychogenèse (les troubles psychomoteurs). Ils exercent dans toutes les institutions médico-sociales : hôpitaux, établissements pour personnes handicapées, maisons de retraite… La psychomotricité est la seule des disciplines paramédicales à s’attacher à la prise en charge des troubles de l’image du corps.
- Comment le psychomotricien est-il préparé pour accompagner son patient lors de remontées émotionnelles ou lors de la « connexion corps-esprit », suscitées par son travail ?
Lors de leurs études, qui durent trois ans, les étudiants reçoivent des cours « théoriques » et « pratiques ». 180 heures de psychologie, 170 heures de psychiatrie et 390 heures de psychomotricité sont dispensées. Sans parler des cours de physiologie, anatomie, neuro-anatomie, pédiatrie et pathologie médicale (445 heures en tout). Ces volumes horaires sont importants. Les cours de pratique, 450 heures en trois ans, forment les jeunes à découvrir, sur eux-mêmes, les grands concepts de la psychomotricité. Une réflexion débute alors sur la nature de l’engagement corporel du psychomotricien et du vécu du patient. La maîtrise des techniques nécessaires à l’évaluation s‘acquiert également.
Des stages complètent le dispositif de formation : 680 heures en trois ans donnent l’occasion aux étudiants, encadrés par des psychomotriciens diplômés depuis plus de trois ans :
- d’observer et de se confronter à la variété des différentes pathologies aux différents âges de la vie,
- de mettre en œuvre progressivement des qualités thérapeutiques naissantes.
150 heures supplémentaires de suivi pédagogique sont programmées pour accompagner les stages.
Au-delà de ce savoir-faire officialisé par un diplôme d’État, le psychomotricien continue à se former tout au long de sa vie professionnelle, pour s’adapter aux progrès des connaissances scientifiques et pour suivre l’évolution de cette profession en plein dynamisme.
Clinique de l'image du corps
De la pratique aux concepts
2011 - 240 pages - 155x240 mm
EAN13 : 9782100550258 Prix TTC France 25,00 €


