Aux portes du futur…

Dennis Shasha



1 Juin 2011


 

Quand la vie remplace le silicium(Dunod, 2011) de Dennis Shasha constitue un véritable passeport pour le futur, loin de s’adresser aux seuls amateurs de science-fiction… Les 15 chercheurs dont l’ouvrage présente les recherches ont repoussé les frontières de leur domaine scientifique d’origine pour s’aventurer sur de nouveaux territoires au croisement de la biologie et de l’informatique. Cet ouvrage passionnera autant le simple citoyen que les décideurs à l’affût de nouveaux secteurs industriels à explorer, les étudiants qui comprendront l’intérêt de la pensée transversale, leurs professeurs qui y découvriront que l’avenir de l’informatique ne se limite pas aux seuls algorithmes, et les gouvernants qui doivent impulser de nouveaux axes de recherche ou des approches innovantes en matière d’ingénierie de sécurité…

Quels scientifiques présentez-vous dans votre ouvrage ?

Nous présentons les travaux de 15 scientifiques, de Rodney Brooks, le roboticien qui conçoit des robots autonomes simples à Jonathan Mills, qui invente des ordinateurs analogiques en mousse ou en gélatine.
Leur point commun ? Tous ont modifié notre vision de l’informatique, de la biologie ou des deux. Adrian Stoica utilise des algorithmes génétiques pour construire des circuits qui survivront à des voyages vers des planètes lointaines, en s’autoréparant. Paul Rothemund et Ned Seeman élaborent des « programmes » en ADN qui guident des nanorobots pour créer des microconstructions. David Shaw conçoit des ordinateurs dédiés à comprendre comment les protéines se plient, tandis que Steve Skiena conçoit des virus comme celui de la polio qui vont se reproduire lentement et peuvent ainsi servir de vaccins ; Nancy Leveson utilise des concepts naturalistes, comme l’homéostasie, pour créer des réacteurs nucléaires et des systèmes antimissiles plus sûrs ; Jake Loveless utilise des algorithmes génétiques pour faire des transactions sur les marchés financiers.

Ces chercheurs forment l’avant-garde d’un courant scientifique nouveau. Les lecteurs auront certainement envie de les connaître.

Les chercheurs entre informatique et biologie ouvrent-ils la porte à de nouvelles disciplines scientifiques ?

Oui, absolument. La technologie doit toujours trouver des moyens de se renforcer, sinon ce sont les risques d’accidents d’avion, la panne de centrale nucléaire et même la possibilité d’une guerre accidentelle. C’est pourquoi la conception technologique a beaucoup à apprendre de la façon dont les organismes biologiques parviennent à s’adapter à des environnements hostiles. À l’inverse, les médicaments intelligents et l’assainissement de l’environnement exigent toujours plus de contrôle des phénomènes biologiques. Imaginez une technologie dans laquelle des composants biologiques aident notre système immunitaire à combattre des maladies mortelles ou dans lesquelles l’analyse informatique aide à concevoir de meilleurs vaccins. La synergie entre biologie de synthèse et technologie, ouvrira d’importants axes de recherche en médecine, ingénierie et économie. Le champ émergent de la biologie de synthèse pourrait un jour devenir aussi important que le génie civil.

Parmi les recherches que vous présentez, lesquelles ont des chances d’aboutir rapidement à des applications concrètes ?

Certaines ont déjà abouti à des résultats concrets – l’élaboration de pratiques industrielles et de systèmes de missiles de défense plus sûrs, la conception optimale de réacteurs nucléaires, d’une nouvelle classe de vaccins et de meilleures prothèses robotisées... D’autres sont futuristes : des nanorobots pour réparer les muscles, des matériaux intégrant des équipements électroniques à puce intelligente, capables de s’autoréparer ou la conception de protéines artificielles rapides… D’autres enfin sont encore théoriques comme la relation entre l’informatique quantique et le voyage dans le temps.

Les domaines explorés par la bio-informatique représentent-ils un danger ou un espoir pour les humains et citoyens ?

Les deux. La synthèse entre pensée biologique et ordinateurs ouvre la voie à de nouveaux traitements, une meilleure ingénierie et des robots plus autonomes. Pour la plupart ces recherches amélioreront la sécurité, l’environnement et la santé. Mais les mêmes technologies peuvent bien sûr être utilisées pour fabriquer des instruments de guerre. Toutefois, ce n’est pas tant que les bénéfices seront plus nombreux que les problèmes, mais qu’ils l’emportent largement sur les dangers potentiels. Dans tous les cas, il est de notre devoir de citoyens du monde de comprendre ces avancées parce qu’elles auront un profond impact sur nos vies.

Quand la vie remplace le silicium

Aux frontières de la bio-informatique


Collection: Quai des Sciences, Dunod
2011 - 224 pages - 155x240 mm
EAN13 : 9782100558612 Prix TTC France 19,90 €

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