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Handicaps et sexualités : le livre blanc
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Marcel Nuss
La loi de 2005 sur l’autonomie des personnes dépendantes, a permis de réelles avancées. Pourtant, en France, le droit à l’accompagnement sexuel et affectif de ces personnes n’est toujours pas respecté… Handicaps et sexualités : le livre blanc de Marcel Nuss (Dunod, 2008) fait état du colloque européen qu’il a organisé en avril 2007 et témoigne des expériences menées notamment dans différents pays d’Europe du Nord. Il dégage des pistes pour les pouvoirs publics, les personnes concernées et les responsables d’institutions. Une mobilisation est en cours, en France, pour mettre en place, dans un horizon assez proche, des solutions adaptées et les moyens correspondants, afin que les espoirs suscités ne restent pas lettre morte.
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Quelle est l’origine de cet ouvrage ?
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Cet ouvrage résulte du colloque qui s’est tenu au Parlement européen à Strasbourg en avril 2007 et qui était le premier de ce genre au niveau européen ; il a réuni près de 200 participants de sept pays différents, dont un tiers de personnes handicapées.
Pour la première fois dans un tel colloque, des assistants sexuels, venus d’Europe, sont intervenus pour parler de leur profession. L’on a pu ainsi confronter des expériences issues de différents pays en Europe.
Il s'agira à terme de traiter de l’ensemble des handicaps et des différentes sexualités afin d’avoir une approche complète. Notre réflexion va de la personne handicapée, mentale ou physique, à la personne âgée, qu’elle soit femme ou homme, hétérosexuelle ou homosexuelle.
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Comment concilier la dépendance parfois totale des personnes handicapées avec le respect de leur intimité et leur aspiration à un épanouissement sexuel ?
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Dans ce domaine, il existe des exemples réussis en Europe du Nord : en Hollande, en Allemagne, en Suisse et au Danemark. Les expériences vécues ont réussi à intégrer la dimension affective et sexuelle dans l’accompagnement, car dans ces pays on ne distingue pas les personnes valides des personnes handicapées. Une personne dépendante est un tout, elle n’est pas réduite à ses dysfonctionnements ou à sa dépendance, c’est ce qui fait la différence avec la situation en France.
L’une des rares expériences connues en France dans ce domaine est celle qui a été menée, il y a déjà quelques années, au centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelles de Kerpape, près de Ploeumeur. Le directeur de l’établissement avait choisi alors d’entendre ces besoins et d'y répondre avec les moyens dont il disposait.
Mais on progresse depuis 2005 et j’ai participé en décembre dernier à une réunion sur ce sujet à la délégation interministérielle, ce qui prouve que les pouvoirs publics ont pris la mesure des attentes dans ce domaine.
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En France, malgré les avancées de la loi de 2005 sur les droits fondamentaux des personnes handicapées, le droit à la sexualité est-il encore tabou ?
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En France, comme dans les pays latins en général, il y a un problème culturel et l’influence de la morale catholique ne facilite pas une approche libérée dans ce domaine. Les pays les plus avancés sont des pays plutôt germanophones et à dominante protestante.
Il suffit d’ailleurs de s’y promener pour se rendre compte que la personne handicapée n’y est pas stigmatisée comme en France, elle y est regardée différemment.
Aujourd’hui, le législateur français admet clairement la nécessité d’inscrire les dimensions affectives et sexuelles dans la loi ; il est conscient qu’après la loi de 2005, qui reconnaissait le droit à l’autonomie de la personne handicapée et le droit du libre choix de vie, il est difficile de continuer à nier ou ignorer ces besoins.
Les négociations menées avec les pouvoirs publics et auprès des députés ont permis la prise en compte de cette évidence.
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Qui sont les accompagnants sexuels ? Quelle formation reçoivent-ils ?
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Il s’agit de personnes issues majoritairement du milieu paramédical, kinésithérapeutes, infirmières, d’auxiliaires de vie, de psychologues...
Si l’on prend l’exemple de la Suisse, qui nous sert de modèle, ces personnes suivent une formation après une sélection drastique, puisqu’en moyenne 80 % des candidats sont refusés. Les personnes qui choisissent ce métier, doivent en effet avoir une sexualité équilibrée, être capables psychologiquement d’assumer ce rôle et garder les pieds sur terre.
En Suisse, le métier d’assistant sexuel est inscrit dans le même registre que les prostitués, comme en Hollande, où l’on parle de prostitution spécialisée.
En France, pour des raisons culturelles et politiques, la prostitution est légale mais le racolage et le prosélytisme sont interdits, aussi, pour avoir un dialogue apaisé et consensuel, nous refusons l’amalgame de l’accompagnement sexuel avec la prostitution, parce que cela n’a rien à voir.
Une séance d’accompagnement dure environ de 1 h à 1 h 30. Elle consiste essentiellement en des massages, en échanges avec la personne, en mise en condition, en atmosphère et en échange affectif, cela peut éventuellement aller jusqu’à la masturbation. Il s’agit d’un accompagnement qualitatif.
Tous les accompagnants sexuels indiquent qu’un accompagnement n’est réussi que si eux-mêmes y prennent du plaisir. Cela nécessite la réciprocité et un engagement total.
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Ces formations existent-elles en France ?
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En ce qui concerne les formations en France, elles devraient commencer vers 2009-2010, si l’on continue d’avancer au même rythme et je ferai tout pour que l’on y parvienne.
Nous devons arrêter de tergiverser, car l’espoir qu’a fait naître le colloque de Strasbourg ne peut pas être déçu.
Il serait dramatique de continuer à considérer un grand tiers de la population française comme asexuée...
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Constate-t-on des différences de situations selon qu’il s’agit de femmes ou d’hommes handicapés ?
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Les différences proviennent de raisons culturelles. Comme dans tous les pays « machistes » on donne la prépondérance à l’homme sous prétexte qu’il aurait plus de besoins dans ce domaine que la femme. Par ailleurs, sans une bonne prévention, la femme peut se retrouver enceinte et, dans le cas de déficience mentale, cela pose évidemment problème.
Ce n’est pas une raison pour frustrer les femmes et les priver de sexualité et de relation affective. L’accompagnement des femmes doit être plus pointu et plus proche. C’est essentiellement une question de moyens, de temps et de sensibilité.
Parmi les accompagnants sexuels, on rencontre plus de femmes que d’hommes pour le moment, peut-être parce que les femmes ont une capacité de don que beaucoup d’hommes n’ont pas. Mais progressivement les hommes y viennent, donc à terme ce ne sera pas un frein.
D’autre part, beaucoup d’accompagnants sexuels peuvent accompagner indifféremment une femme ou un homme, ensuite cela dépend bien sûr de la personne handicapée.
Il faut de toute façon tenir compte de ce qui est possible ou pas, et un accompagnement sexuel et affectif constitue UNE réponse, mais pas LA réponse. Parce que ce n’est pas ce qui permettra de créer une vie en couple.
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Quelles solutions favoriseraient l’autonomie des personnes handicapées pour se prémunir contre des attitudes moralisantes ?
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Il y a deux points importants : d'une part, améliorer la formation des professionnels de santé et de l'accompagnement, car les formations ne sont pas adaptées à ce type d’accompagnement. On constate de vraies carences en matière de rapport à la personne, de « présence à l’autre » et d’affectivité.
La formation des infirmières et des aides soignantes par exemple, n’explique pas, à ma connaissance, aux élèves comment se comporter et quelle attitude avoir lorsqu’au moment des soins un patient a une érection, spontanée et naturelle. C’est très grave, et irresponsable.
D'autre part, il faut plus d’éducation à l’école, plus de sensibilisation à l’échelon national par des conférences, des émissions de radio, ou de télévision, afin de démystifier et dédramatiser la problématique de la sexualité des personnes en situation de dépendance.
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Ce livre fait-il intervenir d’autres témoignages que ceux du colloque et comment les avez-vous choisis ?
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Ce livre va bien au-delà du colloque. Je me suis servi des témoignages et des échanges les plus fructueux du colloque. Et J’ai souhaité enrichir cette réflexion par les analyses externes de spécialistes issus de différents champs disciplinaires : juridiques, philosophiques, anthropologiques, sociologiques…
J’ai choisi d’autres regards pour étudier, corroborer ou éclairer les débats et j’ai fait intervenir d’autres personnes en fonction de leurs compétences et de leurs qualités humaines, car je les connaissais et je pensais qu’elles étaient mieux à même d’analyser la problématique de l’accompagnement affectif et sexuel que d’autres.
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À qui destinez-vous cet ouvrage ?
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Au plus grand nombre ! Je souhaite qu’il soit lu par les professionnels, par les personnes concernées, mais aussi par le lecteur « lambda ». Dans ce livre, les questions abordées vont bien au-delà du handicap, car le handicap n’est encore une fois que le miroir grossissant d’une réalité sociétale. Cela relativise et recentre très bien la problématique du handicap. Dans le domaine de la sexualité, les personnes handicapées sont comme les autres et pas moins ; on n’apprend rien dans ce livre sur la sexualité des personnes handicapées, si ce n’est qu’elle est tout à fait comparable à la sexualité du commun.
Tout le monde peut se retrouver en lisant ce livre, femmes ou hommes, handicapés ou non.
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© DUNOD EDITEUR, 8 Janvier 2008
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