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Jean-François Gervais

Web 2.0 – Les internautes au pouvoir

Jean-François Gervais

Web 2.0, simple effet de mode ? A voir ! Les concepts du Web 2.0 ont en effet inauguré de nouvelles relations avec l’internaute, fondées sur un mode collaboratif permettant à chacun de s’exprimer, d’échanger et de personnaliser sa navigation. Dans Web 2.0 – Les internautes au pouvoir (Dunod, 2007), Jean-François Gervais, responsable de la filière Multimédia à la Direction de la Formation de l'Ina, explicite le Web 2.0 à la fois dans ses dimensions technologiques, économiques et sociales. Autant d’échanges à prolonger avec l’auteur sur son blog www.jeanfrancoisgervais.fr

 
Comment définiriez-vous le « Web 2.0 », terme employé le plus souvent sans grande connaissance de ses implications ?
L’inventeur du terme, Tim O’Reilly (éditeur des livres d’informatique O’Reilly), cherchait simplement un titre pour une conférence en 2004, et voici comment est né le terme « Web 2.0 ». Le terme est ensuite devenu populaire, mais Tim O’Reilly s’est toujours refusé à lui donner une définition stricte. Si les informaticiens se focalisent sur les technologies associées, les internautes apprécient plutôt la facilité de mise en ligne de contenus multimédia. C'est sans doute la raison pour laquelle Web 2.0 a été le terme le plus recherché dans l’encyclopédie libre Wikipedia en 2006.
Pour cerner ces différentes approches du Web 2.0, le parti pris de l’ouvrage est de s’intéresser aux différents services du Web 2.0 : géolocalisation, réseaux sociaux, partages de vidéos
Quel est l’apport essentiel du Web 2.0 en matière d’usage de l’Internet ?
Le principal apport du Web 2.0 est d’avoir positionné l’utilisateur au centre du web, en tant que consommateur et producteur de contenus. Que ce soit dans le domaine de la consommation d’informations ou de vidéos, ce sont les nouveaux usages qui définissent le mieux la nouveauté du Web 2.0. L’une des caractéristiques communes à tous ces usages, c’est la notion de participatif ou de collaboratif. Sur Wikipedia, YouTube ou Google Earth, l’utilisateur peut ainsi interagir avec le contenu.
L’ouverture des contenus étant partie intégrante de l’esprit Web 2.0, les imbrications de contenus d’un site à l’autre se développent. Le Web 1.0 était un cyberespace, le Web 2.0 réintègre le quotidien de l'internaute.
Avec le Web 2.0 ne revient-on pas finalement à l’approche collaborative fondatrice du réseau Internet ?
Effectivement, c'est peut être LA définition du Web 2.0 sur laquelle tout le monde s’accorde : le Web 2.0 est la mise en oeuvre du web tel que l’avait conçu son créateur Tim Berners Lee, c’est-à-dire un moyen de naviguer dans des documents, associé à la possibilité d'en publier soi-même facilement. Le prototype du premier navigateur était d’ailleurs à la fois un « browser » et un « éditeur de texte ». Après l’explosion de la bulle Internet, on voit que coexistent désormais des espaces commerciaux et des espaces web collaboratifs que les utilisateurs ont su s’approprier.
Y a-t-il un comportement « Web 2.0 » plus marqué d’un pays à l’autre ?
L’une des célébrités de YouTube (100 millions d’utilisateurs quotidiens) est geriatric1927, qui relate les témoignages d’un senior de 80 ans : plus de 2 millions d’internautes s’y sont connecté ! Il serait très réducteur de penser qu’il n’y a que les ados de MySpace à être actifs dans l’univers du Web 2.0 : en fait, chacun y participe,les particuliers, les entreprises via leurs blogs, les professionnels au travers de réseaux sociaux comme Linkedin ou Viadeo. Bien sûr les Anglo-saxons sont favorisés par la langue, mais l’une des réussites du Web 2.0, Netvibes, est française. Sans oublier la Chine, l’Inde ou le Brésil. Baidu, le moteur de recherche chinois, représente déjà la quatrième audience mondiale et Orkut, un site de réseau social très populaire au Brésil occupe la huitième place !
Comment voyez-vous l’évolution du positionnement des sites Web 2.0 par rapport aux sites commerciaux ?
En fait, ce sont plutôt les sites commerciaux qui vont s'adapter au Web 2.0. C'est déjà le cas d'Amazon ou de fnac.com qui offrent à l'internaute la possibilité de publier ses critiques pour chaque produit. L'objectif consiste à la fois à personnaliser l'interface et à enrichir les contenus sur des sites marchands.
En ce qui concerne le modèle économique, celui du Web 2.0 est principalement basé sur l'audience et la publicité payante. Sinon, on peut envisager d’autres types de modèles économiques pour réaliser des recettes : soit faire payer à court terme ou à moyen terme les fournisseurs de contenus, soit vendre une plate-forme en marque blanche. Mais actuellement, les services sont souvent financés par des capitaux-risqueurs. Et certains sites comme le site de partage de vidéos Revver vont même jusqu'à rémunérer les internautes qui ont mis en ligne une vidéo. Sur Revver, l'internaute est rémunéré sur un compte Paypal 5 dollars pour une vidéo visualisée 1000 fois. Finalement, ce qui compte c'est de créer de l'audience pour sortir du lot et arriver à un point d'équilibre entre les recettes publicitaires, le cas échéant, et les dépenses marketing. Les principales composantes techniques d’un site Web 2.0 sont le développement, fondé sur une technologie open source Ajax, et l’hébergement.
Quelles sont les applications du Web 2.0 qui vous paraissent personnellement les plus remarquables ?
Les applications sont trop nombreuses pour être citées ici, mais on peut consulter sur mon blog web2-lelivre.com la liste des applications citées dans l’ouvrage, sous forme de fichiers téléchargeables. Cela va des petits outils comme del.icio.us, un outil de « social bookmarking » (signets collaboratifs) aux MySpace, YouTube ou Google Earth qui comptent plus de 100 millions d'utilisateurs réguliers.
Ces nouveaux modes d’exploitation du web ont-ils généré des progrès ou des produits technologiques particuliers ?
Les avancées les plus significatives du Web 2.0, ce sont les « interfaces riches », c’est-à-dire la possibilité de manipuler des données ou de personnaliser l'interface d’un site à sa guise, ce qui favorise l’interactivité. Les technologies employées (xml, javascript ou flash) existaient déjà, c'est le mixage de ces technologies (mashup) qui est la vraie nouveauté.
Le Web 2.0 n'a pas pour vocation d'être élitiste ou de demander des connaissances pointues en informatique. Plus il y aura d'utilisateurs et plus les sites Web 2.0 pourront évoluer rapidement en proposant de nouveaux services.
Le développement croissant des usages du Web 2.0 ne risque-t-il pas d’engendrer, à terme, une saturation du réseau Internet ?
C’est une crainte que l’on a souvent eue, notamment lors des Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 ou après les attentats du 11 septembre à New York.
On évoquait la possibilité d’un « crash » de l’Internet qui n’a jamais eu lieu, car les capacités du réseau s’adaptent et sont largement surdimensionnées. Par ailleurs, les applications du Web 2.0 à interfaces riches – comme YouTube qui permet de télécharger 100 millions de vidéos chaque jour – ne consomment pas de bande passante.
Peut-on déjà envisager l’évolution du web au-delà du « Web 2.0 » ?
Plus d’une dizaine d’années séparent le web 1.0 et le Web 2.0 Le Web 3 est donc encore un concept émergeant, mais il s’articulera sans doute autour de l’approche du web sémantique.
Le semantic web fait déjà l'objet de recherches théoriques depuis plusieurs années, en particulier de la part du créateur initial du web, Tim Berners-Lee.
C’est un concept complexe à décrire mais, pour prendre un exemple, on constate que les moteurs de recherche ne font pas la différence entre les citations d'ouvrages écrits par Victor Hugo et les pages web sur Victor Hugo lui-même. La problématique est encore plus complexe pour les images et les sons.
Avec le Web 2.0, l'utilisateur expérimente déjà la dimension sémantique du web en associant des « tags » (étiquettes) ou descripteurs sur ses images ou vidéos. Seulement pour un même lieu ou une même personnalité, chacun la décrira à sa manière. Sur Flickr, le site de partage de photos, propriété de Yahoo qui est, à mon avis, l’un des plus aboutis des sites Web 2.0, on peut « tagger » ses photos à partir de leurs coordonnées GPS en utilisant Yahoo! Maps. Comme les coordonnés géographiques ne sont pas contestables et sont universelles, retrouver d'autres photos prises au même endroit devient un jeu d'enfant.
Dernière remarque, rien ne dit qu’il existera une rupture entre le 2.0 et le 3.0 aussi importante qu’entre le 1.0 et le 2.0. Un peu comme dans la téléphonie mobile ou, en attendant la 3G, les évolutions existantes ont conduit à la 2.5 G !
À qui recommandez-vous la lecture d’un livre + blog « Web 2.0 » ?
À tous les utilisateurs de nouvelles technologies, particuliers ou professionnels, qui ont sans doute déjà utilisé des sites Web 2.0, mais restent curieux d’en découvrir de nouveaux aspects et de nouvelles analyses, pour pourvoir optimiser leur pratique du web. A ce titre, il peut intéresser les agences de communication aussi bien que les webmasters, les chefs de projet et les DSI.
© DUNOD EDITEUR, 2 Février 2007
 
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Blog de Jean-François Gervais :
http://www.jeanfrancoisgervais.fr
 
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